L’arbitrage et l’auto-arbitrage
Dans l’immense majorité des matchs amateurs, il n’y a pas d’arbitre : on s’arbitre soi-même. Comment appeler les balles, annoncer le score, gérer un désaccord et jouer dans l’esprit du fair-play.

Sommaire
Voici l’une des grandes particularités du tennis, et l’une des plus belles : dans la quasi-totalité des matchs amateurs, il n’y a personne sur la chaise d’arbitre. Ce sont les joueurs eux-mêmes qui appellent les balles, annoncent le score et font respecter les règles. On appelle cela l’auto-arbitrage, et c’est une responsabilité que tout compétiteur doit apprendre à assumer avec honnêteté. Cet article explique comment s’y prendre, et dans quel esprit.
Quand y a-t-il un arbitre, et quand n’y en a-t-il pas
Sur le circuit professionnel et lors de grandes rencontres, un arbitre de chaise, parfois assisté de juges de ligne, tranche chaque décision. Mais ce cas est rarissime dans la vie ordinaire d’un joueur. Dans les tournois amateurs, les rencontres par équipes et l’immense majorité des matchs officiels, il n’y a pas d’arbitre sur le court : les joueurs s’arbitrent seuls.
Une figure existe cependant en tournoi : le juge-arbitre. Attention, ce n’est pas l’arbitre de vos points. C’est la personne qui organise l’épreuve, veille au bon déroulement, et que l’on peut appeler en cas de litige impossible à résoudre entre joueurs. On y revient plus loin. Pour l’essentiel, sur le court, vous êtes votre propre arbitre.
La règle d’or : chacun arbitre son côté
Le principe fondamental de l’auto-arbitrage tient en une phrase : chaque joueur est responsable des balles qui tombent de son côté du filet. C’est à vous, et à vous seul, de dire si la balle de l’adversaire est bonne ou faute dans votre camp. Réciproquement, vous n’avez pas à juger les balles qui tombent dans le camp adverse : cela regarde votre adversaire.
Cette règle est d’une grande sagesse : le joueur le mieux placé pour voir si une balle est dedans ou dehors, c’est celui qui la reçoit, pas celui qui l’a frappée depuis l’autre bout du court. Vouloir juger une balle tombée dans le camp d’en face, c’est à la fois manquer de recul et empiéter sur la responsabilité de l’autre. On s’en abstient.
Comment appeler une balle
Appeler une balle faute doit être immédiat et audible. Dès que la balle tombe hors des limites de votre côté, vous l’annoncez clairement — « faute », « dehors » — et le geste de la main levée aide à la lisibilité. Une annonce tardive ou marmonnée est source de malentendus : on appelle vite, on appelle fort.
Le cœur du fair-play tennistique est là : si vous avez le moindre doute sur une balle, elle est bonne. On ne donne une balle faute que si l’on est certain de l’avoir vue tomber dehors. Dans le doute, le point revient à l’adversaire. Cette règle, exigeante mais magnifique, garantit qu’on ne s’attribue jamais un point litigieux. Rappelons aussi qu’une balle qui effleure la ligne est bonne : la ligne fait partie du court.
- Vous jugez uniquement les balles de votre côté du filet.
- Annonce immédiate et claire : « faute » ou « dehors », main levée.
- Le moindre doute profite à l’adversaire : la balle est bonne.
- Une balle qui touche la ligne est bonne, toujours.
Annoncer le score
L’autre pilier de l’auto-arbitrage, c’est l’annonce du score. Le serveur annonce le score à voix haute avant chaque point, ou au moins au début de chaque jeu : le score de son jeu, puis le nombre de jeux dans le set. Cette habitude, loin d’être une formalité, prévient l’immense majorité des désaccords, car les deux joueurs ajustent en permanence leur comptage.
Quand un doute surgit sur le score, on ne s’énerve pas : on reconstitue ensemble, calmement, les points sur lesquels les deux joueurs sont d’accord. Souvent, en repartant du dernier score commun, on retrouve la vérité. Le fair-play consiste à chercher la solution juste, pas à imposer sa version.
Gérer un désaccord sans conflit
Malgré la bonne volonté, un désaccord peut survenir : deux joueurs qui ne comptent pas pareil, une balle litigieuse vécue différemment. La règle de sagesse est simple : on ne rejoue pas systématiquement le point, mais quand aucun joueur ne peut trancher honnêtement et que le doute est total et partagé, rejouer le point est une solution acceptable et fréquente.
Ce qui compte, c’est l’attitude. On reste courtois, on ne conteste pas la balle appelée par l’adversaire dans son propre camp — c’est sa responsabilité, pas la vôtre — et l’on garde son calme. Un match ne devrait jamais dégénérer pour un point. Rappelez-vous qu’un point litigieux, dans une partie de dizaines de points, ne décide presque jamais du match : le lâcher sereinement est souvent le choix le plus intelligent, y compris tactiquement.
Le recours au juge-arbitre
Que faire quand un désaccord devient vraiment insoluble, ou qu’un adversaire se comporte de façon manifestement déloyale ? En tournoi, c’est le moment d’appeler le juge-arbitre. On interrompt le jeu, on va le chercher ou on le fait prévenir, et on lui expose calmement la situation. Il tranchera, ou décidera de superviser la suite du match.
Ce recours doit rester exceptionnel : il n’est pas là pour arbitrer chaque balle, mais pour dénouer les vrais blocages. Y faire appel pour un désaccord mineur qu’on aurait pu régler entre joueurs est mal vu. À l’inverse, face à un comportement réellement déloyal, ne pas hésiter à le solliciter est parfaitement légitime : c’est son rôle, et cela protège l’esprit de l’épreuve.
L’auto-arbitrage, une école de caractère
On pourrait voir l’auto-arbitrage comme une contrainte. C’est en réalité l’une des plus belles valeurs du tennis. S’arbitrer soi-même, c’est apprendre l’honnêteté même quand personne ne regarde, la maîtrise de soi dans la frustration, le respect de l’adversaire. Peu de sports demandent aux joueurs cette intégrité permanente.
C’est aussi une leçon qui dépasse le court. L’enfant ou l’adulte qui apprend à donner une balle litigieuse à l’adversaire, à ne pas tricher sur un point même serré, à rester digne dans la défaite, emporte ces qualités bien au-delà du tennis. C’est pour cela que les clubs y attachent tant d’importance : on y forme des joueurs, mais aussi des personnes de confiance.
Au tennis amateur, votre plus bel adversaire est parfois la tentation d’un point facile. La refuser, c’est déjà gagner quelque chose.
Le pratiquer au club
Comme tout, l’auto-arbitrage s’apprend en le pratiquant. Plus vous jouerez de matchs, plus l’annonce des balles et du score deviendra un réflexe naturel, et plus vous saurez gérer sereinement les rares désaccords. Ce n’est pas une compétence innée : c’est une habitude qui se construit, match après match.
Au Tennis Club Savigné-Gizeux, le Challenge interne et les rencontres entre membres sont d’excellents terrains d’apprentissage : on y prend l’habitude de s’arbitrer dans un cadre bienveillant, avant les enjeux du tournoi. Et si une situation vous a laissé perplexe, parlez-en à l’enseignant : il vous aidera à démêler la règle et l’attitude juste. Bien s’arbitrer, c’est déjà bien jouer.